 Un prisonnier et une paire de Sais (Saïs) chromés
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Matriben souligna qu'il n'y avait plus de temps à perdre. Il indiqua la passerelle qu'ils avaient dépassé quelques instants auparavant. Ils revinrent donc sur leurs pas. Devant l'aspect plus que douteux du passage, ils marquèrent une nouvelle pause. Thallula agrippa le bras du guerrier :
- On ne va pas passer la-dessus ? dit-elle incrédule et affolée.
- Pas le choix, répliqua-t'il.
- Impossible ! A peine poserons-nous le pied dessus que tout va s'éffondrer ! Et regarde la profondeur du ravin ! Nous n'avons aucune chance de survivre à la chute !
Le chef de Lantar écarta une mèche de cheveux du visage de la princesse. Il posa sa grande main sur sa joue et la regarda en souriant doucement :
- Et puis tu es sujete au vertige.
- Co…Comment le sais-tu ?
- Je t'observe tu sais. Fais-moi confiance pour cette fois encore, s'il te plait. Tu n'auras qu'à fermer les yeux. Je te guiderais.
La princesse acquiessa en soupirant. Matriben se tourna vers Obana, Aranck et Yuma :
- Alors ? Un volontaire pour tester le terrain ?
Les deux berserks firent parfaitement mine de n'avoir rien entendu. Obana regardait ses pieds. Matriben se détendit un peu et eclata d'un petit rire bref. Il reprit plus serieusement :
- Aranck, pas d'objections à ce que Yuma nous ouvre la route ?
- Aucune, répondit-elle.
Elle s'accroupit et mit son visage à hauteur de celui de son frère. Elle enroula ses deux bras autour du coup de l'animal et se redressa d'un bond.
- Aller, dit-elle brusquement.
Le loup s'avança prudement sur le pont suspendu. D'inquiétants craquements accueillirent le poids du canidé. Yuma était un loup plutôt fin de corps, mais la longueur de ses pattes faisait de lui un animal d'une belle taille. Son corps musculeux approchait les 60 kilos. Il avançait à un rythme régulier, sans précipitations mais sans hésitations non plus. Il se trouvait désormais à mi-passerelle. Celle-ci se balançait de droite à gauche. Deux planches de bois cèdèrent simultanément sous les pattes de Yuma. Privé de support à l'avant comme à l'arrière, l'animal se retrouva à plat-ventre sur une planche, les quatre pattes suspendues dans le vide. Thallula étouffa un cri et plaqua ses deux mains sur sa bouche. Aranck, par reflexe, se précipita vers la passerelle, mais Matriben la saisit par le bras. Tous les quatre regardaient avec appréhension comment Yuma allait se sortir de là. Se débattant pour sa survie, Yuma réussit à poser ses pattes antérieures sur une planche devant lui. Son arrière-train pédalait encore dans le vide, mais bientôt, il réussit à se remettre debout. Il enjamba les trous et continua sa progression, les pattes tremblantes. Lorsqu'il arriva de l'autre côté, il s'assit, la langue pendante.
- Ok, dit Aranck. A nous.
Matriben adressa à Thallula un regard désolé :
- Il va falloir que tu traverse toute seule. Je suis plus lourd que lui. Si nous passons ensemble, nous tomberons. Je ne veux pas t'entrainer au fond du ravin, tu comprends ?
- Je comprends.
Pendant que Matriben tentait de rassurer la princesse elfe, Aranck était déjà en route. Moins à l'aise que Yuma, elle se rendit compte que son statut de bipède l'endicapait pour cette situation. Elle se mit alors à genoux et continua sa route à quatre pattes, comme son frère. Plus légère d'une dizaine de kilos mais moins agile, elle progressait un peu moins rapidement que le loup. Elle s'aperçut que de nombreuses planches étaient disjointe les unes des autres, et beaucoup étaient fragilisées sur le milieu. Aranck tendit donc les membres de façons à s'appuyer un maximum sur les côtés, évitant le centre le plus possible. Elle arriva sans encombre. Obana, bien que peu rassurée, traversa assez rapidement et ne rencontra pas de problème majeur. C'était au tour de Thallula. Tremblante, elle s'avança néanmoins vers le pont. Posant un pied sur la première planche, elle aggrippa ses deux mains à la corde du côté gauche. « Si je chope celui qui a fabriqué ce pont, je le trucide ! » pensa-t-elle. « Tant qu'à faire un pont, pourquoi ne pas l'avoir fait solide et fiable ? ». Suivant les conseils d'Aranck pour eviter le centre, et ceux de Matriben lui indiquant de regarder devant elle et surtout pas en bas, la pauvre princesse se retrouva bientôt immobilisée de terreur à un peu plus d'un quart du chemin. Comme elle s'appuyait essentiellement à gauche, la passerelle penchait dangeureusement. Essayant d'attraper la corde de droite, Thalulla faisait, bien malgré elle, balancer le pont de plus en plus. Matriben n'avait jamais ressenti pareille angoisse. Crispé comme jamais jusqu'alors, il se sentait impuissant face à la detresse de la jeune femme. Blanc comme une fleur de prunier, il serrait les dents. Bouleversée et démunie, la princesse semblait être dans l'impasse. Sachant que personne ne pouvait rien faire pour lui venir en aide, au risque de la précipiter plus vite dans la mort, elle tenta de rassembler ses esprits. Surmontant sa peur, elle parvint à poser une main sur chaque corde, un pied sur chaque bord de la passerelle. Elle réalisa que si Aranck avait pu passer, elle le pouvait aussi car elles étaient à peu près de la même corpulence. A l'arrivée, ses jambes se dérobèrent sous elle et elle tomba sur le sol herbeux. Aranck et Obana l'aidèrent à se remettre sur ses pieds. Mais à présent, elle n'était plus inquiète pour elle-même mais pour l'homme dont elle était tombée très amoureuse. Avec son physique de combattant et sa lourde épée, la passerelle tiendrait-elle le coup ? De nombreuses planches se cassèrent et à plusieures reprises, Matriben se retrouva avec un pied dans le vide. A mi-chemin, il senti une curieuse vibration dans le cordage. Il regarda devant lui et constata avec effroie que la corde avait cedé à quatre endroits. Le pont était en train de s'éffondrer. Risquant le tout pour le tout, il se mit à courir sur les frêles planches qui cassaient presques systématiquement. Courant, sautant, Matriben savait que le pont cederait avant qu'il ne soit de l'autre côté.
***
Les deductions du groupe conduirent Thanabat et ses compagnons vers la gauche. Si le gorbac qui était arrivé de ce côté était armé, c'est qu'il devait être en poste pour garder quelque chose d'important. La témérité avait pris le pas sur la prudence, et ainsi, le groupe s'engouffra dans le nouveau tunnel. Seul Zorba aurait préféré un autre chemin. Mais vaincu par la majorité, il avait repris sa place dans la file. Etant donné l'obscurité encore plus accrue dans cette galerie, c'est Bramarion qui ouvrait la marche. Bien sûr, ils ne tardèrent pas à tomber sur un autre gorbac en armure, mais l'étroitesse des lieux ne facilita guère la tâche à Bramarion. Pourtant, après avoir esquivé miraculeusement deux assauts de son adversaire, il planta l'un de ses deux saïs dans le le thorax non protégé du monstre. Puis il enjamba le corps et repris sa route comme si rien ne s'était passé. Ils furent très surpris de s'apercevoir qu'ils arrivaient dans les geôles du château. Un gorbac dormait appuyé sur une lance, un autre, n'ayant pas remarqué la présence des intrus, se curait allegrement les narines. Un peu plus loin, quatre autres gardes monstrueux étaient assis par terre et jouaient avec des ossements. L'un d'eux ria bêtement. Son rire s'arrêta net lorsqu'il aperçut le groupe. Avant que celui-ci n'ait eu le temps de donner l'alerte, Zorba ôta le pognard de l'étui que Lahomey portait à la ceinture et le lança au travers du crâne mou du monstre. Humains et gorbacs, tous furent surpris par le geste rapide, précis et inattendu du Hay. Zorba lui-même s'étonna de son efficacité qui se réveillait au bon moment. Les cinq gorbacs restant hurlèrent et se ruèrent vers leurs ennemis. Thanabat mit sa hache bien en avant et commença à effectuer des moulinets. Plus le temps passait, plus il lui semblait que la hache faisait partit de lui. Il la maniait désormais avec une grande aisance. Un des gorbacs stoppa net devant lui et regarda l'étudiant avec de grands yeux ronds stupides. Cédant à la panique, il recula sans quitter la hache des yeux. Bientôt, il disparut dans un escalier en pierre.
- Merde, dit Bramarion, il part chercher du renfort. Ne trainons pas.
Thanabat décapita donc tout naturellemnt l'un des quatre gardes restants, celui avec la lance. Violette fit un croche-pied à un autre qui s'éclata le menton sur le sol. Lahomey lui retira son casque avec un coup de pied et lui enfonça une flèche dans la nuque sans avoir recours à aucun arc.
- Pratique ces crânes mous, non ? dit-elle à son amie.
Bramarion éventra un gros plein de soupe. Ibar venait de recevoir un violent coup de poing dans la mâchoire. Il secoua la tête pour chasser le vertige. Il se remit debout et regarda son agresseur, un sourire au coin de la bouche :
- Tu veux te la jouer comme ça ?
- Grooooarg, répondit le monstre.
- Ok !
Et le jeune algocien lui envoya son poing en plein milieu de sa sale tronche, lui fracassant le nez. Un épais flot de sang noir jaillit. Le monstre, sonné et incrédule, ne put que lever les yeux un instant avant de recevoir le second coup sur sa joue.
- Crochet du gauche, clama Ibar, exalté par le duel.
- Arrête de t'amuser, lui dit Bramarion.
- Dommage.
Ibar aida le monstre à se relever. Lorsque celui-ci fut à nouveau debout, le jeune homme le regarda d'un air faussement désolé et lui retira son casque. Il l'attrapa par le coup en un geste vif et lui écrasa le front sur son genou. La boîte crâniene se déforma en un horrible bruit humide. Le dernier gorbac tremblait. Il tenta de s'enfuir par les escaliers. Thanabat lança sa hache. Elle se planta entre les homoplates et stoppa le monstre dans sa fuite. Le corps plus robuste que la tête, Thanabat eut du mal à récupérer son arme. Violette avait ramassé un trousseau de clés d'une taille impressionante. A toute vitesse, le groupe s'était organisé pour visiter les cellules à la recherche de leur ami Marcus. Bramarion connaissait assez bien les lieux. Il savait comment était organisée la disposition des cellules. Il fit l'impasse sur le quartier des criminels peu dangereux. Il dirigea ses compagnons directement dans les couloirs où on logeait les assassins récidivistes et autres détenus hautement surveillés. Ouvrant chaque loquet des portes blindées, il recueillait souvent les pleures des prisonniers qui demandaient grâce, et les injures lorsqu'il s'éloignait de la cellule. Enfin, il reconnut la silhouette du magicien derrière la petite ouverture de l'une des portes en fer. Il appela Violette qui détenait toujours les clés. Tout le groupe accouru pendant que la jeune femme essayait différentes clés dans la serrure. Lahomey, qui se sentait terriblement coupable de l'infortune de Marcus, se précipita pour regarder à travers le petit espace ouvert. A l'interieur de la cellule, Marcus, enchaîné, avait la tête penchée sur la poitrine.
- C'est terrible, dit-elle, inquiète. Il ne bouge pas ! Il ne semble même pas nous entendre ! Je t'en prie Violette, dépêche-toi.
Enfin, la porte fut ouverte. Tous se précipitèrent à l'interieur, sauf Bramarion qui montait la garde. A nouveau, Violette reprit le jeu de chercher la clé qui ouvrait les poignets de fer qui entravait leur ami. Marcus, qui paraissait inconscient la seconde d'avant, releva la tête et dit en souriant :
- Hey les mecs, j'ai faillis attendre !
- Content de te revoir, dit Ibar.
- Et moi donc, ria Marcus.
- Vite, on vient par ici, dit Bramarion.
Tout le groupe se dépêcha de repartir.
1) par les galeries
2) par l'escalier de pierre
***
Le pont céda, entrainant Matriben. Grâce à ses réflexes, Matriben put s'aggriper à un bout de corde alors que tout une moitié du pont chuta dans le précipice. Entraîné par l'élan du morceau restant, Matriben heurta violement un pan de falaise. Le choc et la douleur lui firent lâcher prise. Par chance, il réussit à se cramponner à la roche, un peu plus bas. Hélas, même en escaladant la paroi, il ne se trouvait pas du bon côté. Lorsqu'il fut sortit de sa périlleuse situation, il se retrouva au point de départ. Mettant les mains autour de sa bouche en porte-voix, il cria à ses compagnes de ne pas l'attendre et de continuer sans lui. Il promit de les rejoindre dès que possible, bien qu'il ne sache ni quand ni comment. Soudainement, il se rappela les lianes un peu en aval. Il couru jusqu'à l'endroit où il les avait apperçu. Il testa avec tout son poid la solidité de l'une d'elles. Elle céda et il se retrouva sur les fesses. Sans attendre, il bondit sur une autre. Celle-ci, plus épaisse, semblait supporter son poids. Il prit alors tout l'élan qu'il put et après trois balancements, il s'élança vers l'autre rive. Il sauta sur l'autre versan, et roula plusieurs fois sur lui-même après l'aterrissage. Il s'était un peu fait mal à l'épaule, mais visiblement, il n'avait rien de grave. Assis par terre, il réalisa qu'il avait eu beaucoup de chance. Il sourit en voyant accourirent le loup et les trois femmes.
- Finallement, c'est moi qui vous ai attendu ! dit-il en souriant.
Thallula prit le visage de l'homme dans ses mains et se laissa aller à l'embrasser tendrement. Le loup se mit à japer.
- Quoi, lui dit Matriben, t'es jaloux ?
Sans s'attarder davantage, ils longèrent le pied des immences rempart du palais et tombèrent finallement sur une modeste porte qui n'eut peut-être pas retenu leur attention si elle n'avait pas été gardée par deux militaires portant fièrement les insignes de la garde royale.
- Halte ! Qui va là ? cria l'un d'eux.
Matriben déclina brièvement son identité, ce qui fit ecarquiller les yeux du jeune soldat, et expliqua qu'ils venaient voir le roi.
Sceptique, les deux militaires s'observaient l'un l'autre et tentaient de comprendre pourquoi, s'il s'agissait d'une visite urgente et importante comme le prétendait le fils d'Abaraï, ils arrivaient de ce côté-ci, un endroit insignifiant et secret. Matriben dû leur expliquer l'implication plus que probable du grand chambellan et que de ce fait, ils ne pouvaient pas arriver par l'entrée officielle sans risquer de se faire arrêter par lui. Par chance, les deux gardes, qui devaient probablement avoir eux aussi de serieux doutes au sujet de Dark Scriptus, décidèrent de faire confiance au guerrier et les laissèrent passer. Après avoir traversé des couloirs vides, le groupe descendit un long escalier en colimaçon et longea une galerie souterraine obscure. Grâce à la nictalopie de Yuma, ils furent guidés dans les tunnels. Ils arrivèrent à un croisement où gisaient deux monstres. L'un paré d'une armure, l'autre non.
- Le flair de Yuma et le mien sont catégoriques, dit Aranck. Le gamin à la hache et les autres sont passés par là. Ils ont prit à droite (car Matriben et sa clique venaient de la galerie qui faisait face à celle où était arrivés l'étudiant et le reste du groupe).
- Bon, dit Thalulla. Alors soit nous leur faisont confiance et nous prenons l'autre chemin, soit nous allons les rejoindre.
1) prendre le même chemin
2) prendre la galerie qui n'a pas encore été empruntée.
Je pense que ce chapitre est l'avant, avant dernier. Autrement dit, j'espère finir dans le chapitre 75. Tant pis si je déborde, mais il faut bien que je mette une limite. L'avenir (et vous) me dira si je me lance dans une autre histoire ou non en 2008.
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